Est un recueil de ses articles écrits entre 1947 et 1955. On y retrouve les thèmes favoris d’Henri Calet : souvenirs d’enfance dans le Paris populaire ou en Belgique, description du monde des petites gens toujours attachants, voyages souvent cocasses… Son style est toujours d’une tendresse teintée de désespoir, d’une cruauté émouvante. Le trait précis fait mouche en quelques mots et nous livre une description de ses contemporains de l’intérieur, à « ras d’homme » comme il se plaisait à dire. Une écriture sincère riche de sa modestie. Mais ne vous y trompez pas, Calet sait aussi être cynique ! Il n’est qu’à lire cette scène d’anthologie de la triste condition d’écrivain lors d’une séance de dédicace dans un grand magasin :
« (…) Une dame s’est avancée, elle paraissait hésitante. Je me mettais à sa place, je sentais ce que cela pouvait avoir d’intimidant de s’adresser à un homme de lettres, j’aurais eu, comme elle, une attitude honteuse. Je lui ai souri, j’aurais voulu qu’elle comprît qu’un écrivain est, avant tout, un homme ; surtout un homme… - Où trouve-t-on le blanc cellulosique ? a-t-elle murmuré.
Non seulement j’ignorais où se trouve le blanc cellulosique, mais encore je ne sais pas ce que c’est.(…) A sa suite, il y a eu quelques personnes qui se sont enhardies. J’ai vendu des livres. Un prêtre en a soupesé un, longuement, il s’est enquis du prix ; il l’a estimé trop élevé. Je ne pouvais lui accorder une réduction. Puis, une vieille dame m’a abordé… - Est-ce que vous avez… ?
J’avais des livres de tout genre ; des souvenirs d’enfance, des impressions de captivité, un journal de voyage, et même un roman flamand…(...)
J’ai eu aussi a répondre à une espèce de trappeur qui cherchait de l’outillage ; je commençais à me familiariser avec les lieux. On m’a souvent demandé le rayon des bas.
Je crois, m’a dit la vendeuse, que l’exposition de blanc nous fait du tort.
Ah, tout s’expliquait !