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Littérature française

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Alabama Song
Gilles Leroy
189 pages
Mercure de France
15,00 €

Nous sommes en 1918 et Zelda Sayre, la fille du juge, comme elle se plaît à le répéter, Zelda, rebelle dans l’âme, n’a d’yeux que pour le beau et blond lieutenant de vingt et un ans qui “danse à merveille toutes les danses à la mode, m’apprend le turkey trot, le maxie et l’aeroplane”. Elle espère que bientôt seront publiées les nouvelles qu’il écrit, elle en est sûre.Le mariage se fait mais le couple formé, vite célèbre de par les écrits de Scott mais aussi de par ses excès n’arrive jamais, ou si peu à un équilibre. Zelda qui est devenue mère d’une petite fille a le sentiment d’être l’éternelle seconde et après sa passion amoureuse pour un bel aviateur français, elle va peu à peu sombrer dans une folie tragique. Zelda, la fille de feu a besoin d’amour pour vivre et l’indifférence de Scott, ses amitiés masculines passionnées la détruisent peu à peu. Gilles Leroy par la complexité des sentiments de son héroïne, par les différents regards qu’il pose sur le couple mythique nous fait osciller sans arrêt entre révolte contre celui qui étouffe la voix d’une femme extraordinaire qui écrit, danse et peint, et douleur devant la folie d’une Zelda qui perd la tête. Les pages qui racontent l’internement sont parmi les plus belles, elles nous déchirent littéralement. On pourrait aisément faire un parallèle avec le couple Claudel/Rodin car Zelda comme Camille semble être de ces femmes nées pour une liberté encore inaccessible à leur époque. Nourri de certains éléments biographiques incontestables, “Alabama song” est cependant un véritable roman comme nous le rappelle son auteur dans une note finale : “Il faut lire Alabama Song comme un roman et non comme une biographie de Zelda Fitzgerald en tant que personne historique”. C’est en tous cas un très bel hommage que lui rend Gilles Leroy véritablement habité par son personnage. Un très beau roman qui se termine par :
“Adieu, Zelda. Ce fut un honneur.” 

“ Cela fera bientôt un an que je suis seule ici, abandonnée dans cette institution d’un pays mille fois étranger, sur les rives d’un lac si mort qu’il donne envie de s’y noyer. J’écris pour occuper le temps. Je noircis des cahiers où il est surtout question de Joz, mais je m’y prends mal, je le sens. J’écris sentimental, comme une adolescente que je ne suis plus. Alors que je devrais écrire la guerre, une guerre à deux.”

rédigé par 1. Françoise Folliot, 8 avril 2008