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Littérature étrangère

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Arlington Park
Rachel Cusk
291 pages Justine de Mazères (Traduction)
Editions de l’Olivier
21,00 €

Sixième roman de Rachel Cusk, premier traduit en français, Arlington Park est un « Desperate Housewives » littéraire revisité par Virginia Woolf ! Considérée comme un des meilleurs jeunes auteurs britanniques, Rachel Cusk nous dépeint une journée de quatre femmes au foyer vivant dans un quartier résidentiel chic. Enfermées dans leur « ghetto » bon chic bon genre et dans leurs principes, ces quatre femmes passent leur temps libre à discuter entre elles, à faire du shopping ensemble, à s’inviter les unes les autres… Mais toutes sont condamnées à la déception et à la frustration tant leur attente est grande. Il y a Juliet qui passe son temps à reprocher à son époux son manque de réussite professionnelle ; Maisie qui épouse toutes les causes fragiles du monde moderne ; Amanda qui veut régner sur tout et enfin Solly, la mère absolue qui ne vit que par et pour ses enfants. Pour ces femmes, seul le paraître importe. Tout doit être lisse et sans bavure. L’important à Arlington Park : ne jamais se laisser surprendre par l’inconnu, l’incontrôlable et surtout pas par la culture qui n’a pas lieu de résidence dans ce quartier ! Mais toutes les quatre passent, en fin de compte, à côté de la vie… 

Rachel Cusk nous dresse ainsi un portrait grinçant de quatre femmes d’aujourd’hui.

« Matthew n’arrêtait pas de parler. Il parlait de politique, d’impôts et des gens qui se mettaient en travers de son chemin. Il parlait des paresseux et des malhonnêtes. Il parlait des femmes. Chaque fois qu’il embauchait une femme, disait-il, il passait un an à la former, à l’envoyer en stage et à la mettre au parfum, après quoi elle tombait illico enceinte et partait en congé maternité. Eh bien, il n’embaucherait plus jamais de femmes. Il refusait carrément. (…) « L’autre jour une fille m’a téléphoné. Mr Milford, elle me dit, Mr Milford. » Il prit la voix stupide et aiguë de la fille. « Mr Milford, j’ai peur de ne pas pouvoir revenir comme prévu. Et pourquoi ? je dis. Eh bien, Mr Milford, ce qui se passe, c’est que mon bébé a besoin de moi. » Il se tut, et mima l’ahurissement. « Moi, j’ai besoin de vous, je dis. Mais ce n’est pas la même chose, Mr Milford. Tout ce que je vous demande c’est un peu plus de temps. Mon petit, je dis, de combien de temps vous croyez que vous allez avoir besoin ? Est-ce que dix-huit ans suffiront ? Jusqu’à ce qu’il entre à l’université ? En fait, envoyez-le plutôt ici quand vous aurez terminé et je lui donnerai un travail ! » 
Matthew rit bruyamment. 
« Mais vous lui avez donné plus de temps ? » demanda Juliet (…) 
« Bien sûr que non. Je ne dirige pas une maternité. Je lui ai dit qu’elle pourrait revenir à la fin de ses trois mois ou ne pas revenir du tout (…) Pour moi, elle pouvait passer le reste de sa vie à plier des couches si c’est ce qu’elle voulait faire avec ce qui lui sert de cerveau. Comme je dis, sans rancune”.”

rédigé par Le Square, septembre 2007