Nous avions, libraires Initiales, choisi en 2005 ”La petite trotteuse” de Michelle Lesbre pour notre prix de rentrée. En 2007, elle est déjà avec “Canapé rouge” un coup de coeur quasi unanime. On retrouve avec bonheur le temps décalé, étiré, fait de moments précieux traversés par des images et des rêves, que Michèle Lesbre fait parcourir à ses personnages. Le voyage en transsibérien qu’entreprend la narratrice de Canapé rouge, voyage vers le lointain, au coeur des grands espaces, rythmé par les arrêts dans des gares irréelles et monumentales, par les paysages qui défilent semblables et différents au fil des heures pourrait presque à cet égard être la métaphore du monde intime si particulier d’une romancière qui, toujours sensible aux détails, nous ouvre des horizons croisés et multiples infinis. Car si Anne roule vers Irkoutz, elle voyage aussi vers Gyl, ancien amour et dans sa tête les réminiscences du passé sont comme des fulgurances. Et puis, au milieu, il y a Clémence, cette charmante vieille dame qu’Anne a laissée dans l’appartement voisin à Paris. Clémence qui perd la mémoire mais à qui Anne au fil de rencontres douces et patientes a su faire retrouver l’essentiel d’un amour magnifique, Clémence qu’Anne craint de ne pas retrouver au retour. Dans le monde de Michèle Lesbre, chaque chose, chaque instant n’est à sa place qu’au milieu des autres choses, des autres instants, tout se croise, tout est noué. Les sentiments comme les émotions surgissent comme des rencontres incandescentes entre les mailles du temps et la vie est toujours plus riche d’autres échos. Nous n’oublierons pas de sitôt Clémence et son amoureux Paul dont la photo est glissée à tout jamais pour le lecteur sous le coussin du canapé rouge. Il est des romans qui font naître la colère, d’autres qui nous déchirent ou bien encore nous font rire, “Canapé rouge “ de Michelle Lesbre nous apporte ce détachement sensible qui permet à chacun d’emprunter des chemins qui se dépoussièrent et apparaissent comme autant de vies possibles.