Parce que la Chine était en guerre contre le Japon et que le Japon était l’allié de l’Italie, l’Italie fasciste interna à partir de 1941 tous les Chinois vivant dans le pays, soient Cent seize Chinois et quelques…Acheminés dans les Abruzzes, région où avant eux le régime a enfermé adversaires politiques, Juifs et Tsiganes, ils sont confinés, non loin de la montagne du Gran Sasso, dans un monastère. Et presque livrés à eux-mêmes. Seuls dans une étrangeté absolue. La cérémonie de baptême, seul moment en trois ans où les autorités se rappellent de leur sort, achève l’absurdité de leur situation. Ce roman a pour projet de raconter un épisode dont on sait peu de choses finalement, en essayant de faire éprouver le sentiment d’abandon de ces Chinois, l’indifférence des jours, le vide de la campagne qui les enserre. Et de redonner ainsi à ce « ils » indistinct une dignité et une identité volées. Il n’y aura pas de voix, pas de dialogues - ils sont muets de fait - mais la voix du conteur. D’emblée, on est abasourdi par cette langue, un ton presque incantatoire (avec notamment cette omniprésence des démonstratifs) qui élève faits et gestes au rang de mythes. Quand dans le chaos de 1943, ces Chinois s’enfuient pour rejoindre la cohorte des traqués, la fable de poétique devient politique. Ebloui, on referme le livre avec l’assurance d’avoir découvert une nouvelle voix.