“ Le plus beau, c’était les soirs d’hiver. Tantôt le poêle ronflait, tantôt il sifflait, et le bruit gagnait la marmite où cuisait la viande, le parfum qui s’en dégageait se faisait sans cesse plus lourd, il semblait se lier à tout ce qui flottait dans la lumière vacillante, s’y incorporer, et c’est sans doute pourquoi on aurait cru tout à coup l’existence tangible. Cette impression était aussi physique et concrète que si l’on avait été dans une rivière où l’on sentait l’eau vous picoter et vous rafraîchir la peau. Grand-mère était assise devant la porte du fourneau. Mon père peinait sur un reste de peau de yak et on l’entendait souffler comme chaque fois qu’il devait fournir de gros efforts. Ma mère travaillait à un vêtement. Et nous autres enfants jouions aux “gasbyks”. Tantôt grand-mère se retrouvait dans la lumière tantôt dans l’ombre, le “düüleesch” prenait vite, mais il brûlait vite aussi et il fallait en remettre sans arrêt. Nous étions tous réunis autour de la lampe à huile.”...
Au coeur de la steppe vivent les touvas, peuple nomade aux lois strictes, à la vie rude, resserrée autour de la yourte et du bétail. Le petit Galsan y fait l’apprentissage du monde, dorloté par une grand-mère adoptée par la famille, accompagné de son chien Arsylang. Entre nature et croyances ancestrales, il découvre ce qui régit les rapports entre les hommes, il souffre avec les siens de la dureté du quotidien mais nous fait accéder à un monde fait de silence et de spiritualité. Un texte merveilleux à l’écriture poétique où nous vivons avec l’enfant des moments enchanteurs et inoubliables.