David Vann est né en 1966 sur l’île d’Adak en Alaska. Il partage son temps entre l’écriture, la voile et l’enseignement de la littérature à l’université de San Fransisco.
Si sa terre natale sert de décor à ses romans sombres et tourmentés ce n’est pas un hasard, car l’été de ses 13 ans alors qu’il vit en Calfornie avec sa mère et sa soeur, son père, resté vivre en Alaska se suicide. C’est ce drame tragique qui lui servira de point de départ à l’écriture de Sukkwan Island qui raconte l’histoire d’un père et de son fils âgé de 13 ans partis vivre une année dans une cabane sur une île d’Alaska. Les relations père-fils compliquées et l’immense faiblesse du père conduisent au pire. Ce récit n’est pas totalement autobiographique mais il contient forcément une part de vérité. David Vann mettra pas moins de dix ans pour écrire la version définitive de « Sukkwan Island » et sa publication prendra encore plus de temps car aucun éditeur n’en veut.
Il lui faudra remporter un concours de nouvelles et un article élogieux dans le New York Times pour qu’enfin les éditions Harper Collins publient ce texte. En France nous devons la traduction de Sukkwan Island à Gallmeister, maison d’édition spécialisée dans le « nature writing ». Très vite le public français s’intéresse à ce roman et David Vann obtient en 2010 le Prix Médicis Etranger qu’on peut qualifier de véritable consécration.
Lire David Vann est une expérience difficile et troublante mais pourtant tellement fantastique tant il sait bien raconter les histoires. C’est un tout autre drame que nous raconte Vann dans Désolations. Mariés depuis 30 ans, Irène et Gary ont élevé leurs deux enfants et mené une existence simple et paisible sur les bords de Skilak Lake. Alors qu’Irène semble se contenter de cette vie ordinaire, Gary lui est rongé par un sentiment d’échec. Il fait alors le projet fou de construire une cabane de ses propres mains, sur une île du lac glaciaire, pour y passer l’hiver. Dès le début, Irène sait que la fin de son mariage est inévitable et malgré les violentes migraines qui l’assaillent elle va choisir d’accompagner son mari dans cette entreprise totalement insensée. Irène et Gary vont alors entrer en confrontation permanente, et leur fille Rhoda, elle-même engagée dans une relation amoureuse plus que douteuse, va assister impuissante au déchirement de ses parents.
Autour d’Irène et Gary, gravitent trois autres couples, plus jeunes, dont l’avenir est également très incertain. Les hommes sont odieux, lâches, ils choisissent une vie confortable et des femmes rassurantes pour ensuite mieux leur reprocher la banalité de leur existence et les femmes, victimes consentantes sont prêtes à tout pour éviter l’affront d’une séparation qui serait pourtant si facile. Seul Mark, le fils d’Irène et Gary en choisissant une vie marginale, en retrait de sa famille semble s’en sortir un peu mieux que les autres.
Et la nature, personnage à part entière, froide, dure, hostile ajoute à la violence des conflits qui se jouent tout au long du roman, à l’image de cette tempête hallucinante durant laquelle Irène et Gary chargent des rondins de bois sur leur bateau, qui laisse le lecteur, pourtant bien blotti dans son intérieur chaleureux, aussi transi de froid que ses personnages.
Mais là où l’atmosphère de Sukkwan Island nous laissait toujours au bord de la suffocation, dans Désolations, David Vann nous offre aussi des respirations, sortes de pauses touristiques où il nous emmène en ballade au sommet du Skilak glacier ou encore il nous fait visiter une conserverie de poissons.
Avec Désolations David Vann dresse un tableau désabusé, pas très glorieux du mariage et de la vie à deux. Encore une fois il nous embarque avec talent dans un drame terrible dont vous ne pourrez pas vous passer tant que vous n’aurez pas atteint la dernière page.