“La nuit où la fille tomba du ciel, Ludwig devint mon ami. C’était l’été. Couché, je guettais les bruits, la fenêtre était ouverte. Il était deux heures du matin. Je le voyais au radioréveil sur la table de nuit, des chiffres éclairés d’une lumière jaune, qui faisaient un petit clic en basculant. Ludwig dormait. Quand aucune voiture ne passait sur le pont, j’entendais sa respiration. Lorsqu’une voiture arrivait, j’entendais d’abord un faible sifflement dans le lointain, puis un vrombissement, de plus en plus fort, puis de plus en plus faible. La nuit, peu de voitures traversaient le pont. Je guettais, tendu, le sifflement suivant ; plutôt entendre une voiture que la respiration de Ludwig et ces petits clics dans le silence. “
Dans la grande tradition des romans de formation, Deux sans barreur retrace l’amitié de deux jeunes garçons qui se rencontrent à douze ans et ne se quitteront plus. Avec une maîtrise diabolique, l’auteur nous plonge dans l’univers de Ludwig et du narrateur. Très vite ils vont vouloir ne faire qu’un. Les étapes rituelles de l’adolescence, ils les passent au même moment. Oubliant le monde extérieur ils puisent au plus profond d’eux-mêmes et dans leur relation la force pour aller toujours plus loin, défier le monde. Que ce soit à l’aviron, leur sport de prédilection ou dans de périlleuses ascensions d’un pont autoroutier, rien ne les effraie ni ne les sépare, même pas les filles. Une lecture qui secoue tant par le rythme que par la densité. Une livre à la fois terrible et bouleversant. Premier roman traduit en français de D. Kurbjuweit, Deux sans barreur ne laissera aucun lecteur indifférent.