Traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre
Par un beau matin d’août 1974, New-York se réveille. Des habitants amorphes pressentant leur destinée s’y précipitent tête baissée au lieu de s’y rendre tête haute, à pas lents, à l’image de ce funanbule cent dix étages plus haut. Il a préparé son coup comme on prépare l’attaque d’une
banque, avec pour seule motivation "le ravisse-
ment ultime d’une marche". Au-dessus d’un gouffre béant, il transporte sa vie d’une tour à l’autre du World Trade Center, son corps épousant la forme du vent, il danse. A l’autre bout de la ville, Corrigan traîne avec les ivrognes, les prostituées et les sans espoirs. Ce prêtre irlandais s’occupe des autres comme si une sorte d’affinité l’unissait à la souffrance. Il se croit entièrement dévoué au Seigneur mais avec la rencontre d’Adelita tout vacille. Dans un autre quartier, quatre femmes dans leurs tours de solitude avec l’impérieux besoin de dire leurs histoires, celles de mères qui recoivent la visite d’un sergent annonçant : "votre fils a été emporté, il est mort en héros". Comme si l’on pouvait mourir en héros... Et ce funanbule, là-haut, dans le mépris absolu de la mort. Colum McCann fait admirablement le portrait d’une société et d’individus sur la brèche, de la manière dont ils se relèvent ou de celle dont ils tendent une corde au-dessus de leurs désirs. Ce roman restitue les bruits que fait la vie à l’intérieur, dans cette ville où toute chose ne peut être séparément, où seule la collision des histoires peut avoir lieu. Et que le vaste monde poursuive sa course folle est un roman vertigineux sur ce qui nous fait tenir, sur ce "monde aux mains d’hommes brutaux avec leurs armées pour témoins où il faudrait danser quand ils veulent te mettre au garde à vous".