Une biographie peut donner un nom. Kate, une figure de la mythologie amoureuse, l’aimant fou du trio Jules et Jim, a réellement existé. Mais une biographie peut aussi permettre d’autonomiser un nom. Faire que l’on ne définisse plus Helen Hessel comme la femme du trio ou la mère de Stephane. Une nécessité et même une justice pour celle qui jusqu’au bout provoqua sa propre liberté.
Elle joua en effet toute sa vie avec les limites, au risque de se perdre. Quelques scènes… Helen sautant dans la Seine devant son amant, bravant en torreador le train qui arrive ou encore en 40, en se mettant nue devant l’officier français qui venait l’arrêter afin de lui échapper par le scandale…
Ce livre nous fait revivre l’entremêlement des passions de Jules et Jim. Mais en dévoilant le dispositif imaginé par Roché- faire écrire chacun des acteurs de cette aventure- il nous fait aussi découvrir une voix. Helen Hessel ne fut pas seulement l’échotière du quotidien berlinois ou parisien, elle fut dans son Journal l’inventrice d’une langue du désir. Une fougue, un besoin inflexible de liberté qu’elle déploya aussi dans la Résistance, aidant le réseau de Varian Fry. A la fin de ce formidable récit, Kate a enfin un nom, ne l’oubliez pas, ne l’oubliez plus : Helen Hessel.