Une révélation de la rentrée, ce roman de Yanick Haenel consacré à Jan Karski. Terrible et émouvant il s’attache à cet homme qui, réussissant à rentrer dans le ghetto de Varsovie, en sortit ravagé et transformé à jamais, en charge d’un message à transmettre au monde qu’il n’aura de cesse de délivrer. Parti pris esthétique totalement différent de celui de Bruno Tessarec’h autour du même questionnement, le roman de Haenel au croisement du reportage et de la fiction nous donne à lire plusieurs strates d’une même réalité. La première revient sur le témoignage de Karski face à la caméra de Claude Lanzman (Shoah) le prolongeant par le regard de celui qui reçoit le témoignage d’un homme à qui les mots échappent mais dont le visage exsude la souffrance. La deuxième ce sont les mémoires de Jan Karski (livre sorti en 1944 aux USA) “re-racontées” en quelque sorte par l’auteur. Et la troisième c’est la tentative fictionnelle de Haenel pour nous faire vivre l’après de Jan Karski, ce qu’il pense, ce qu’il vit jusqu’à sa mort en 2000. L’écrivain prend véritablement la parole pour Karski, épouse ses sentiments et nous dit ce qui fut si longtemps indicible. Une gageure formidable absolument réussie. Ce livre est un bouleversement. Vous n’en sortirez pas indemne et lorsque vous le refermerez il vous apparaîtra comme une nécessité.