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Littérature étrangère

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L’ami étranger
Christoph Hein
Editions Métailié
9,45 €

« Le samedi matin, Henry sonna chez moi. Il se tenait dans l’encadrement de la porte, le feutre en arrière, et me sourit sans rien dire. Je lui demandai où il était allé, et il me dit qu’il voulait coucher avec moi. Il me déshabilla et nous fîmes l’amour toute la matinée. Entre temps, je préparai notre petit déjeuner, et il me raconta qu’il avait passé une semaine en Hongrie. Avec quelques collègues, il avait visité plusieurs grandes villes pour voir où en était la reconstruction d’installations techniques. Ce voyage lui avait plu, mais il avait été en fin de compte assez fatigant. Ses collègues avaient beaucoup bu. Dès le matin, ils avaient fait la tournée des cafés, et, comme il ne buvait d’habitude pas d’alcool, il n’avait fait que gêner les autres. Je lui demandai pourquoi il n’avait pas dit qu’il partait en voyage, il ne me répondit pas. »

Claudia, jeune femme de 39 ans, médecin, vit dans un de ces immeuble pour célibataires où tout le monde s’ignore ou se guette. Elle a une liaison avec Henry, lui-même marié. Elle voit de temps en temps ses parents avec qui les rapports sont cordiaux, avec qui rien ne se passe en fait. Avec Henry, il ne se passe pas grand chose non plus, si, ils font l’amour, mais tout est lisse, sans aspérités, pas vraiment sans sentiment, mais rien qui dépasse surtout les limites de l’indépendance de chacun. Au travail, Claudia note les petits riens qui en disent long, mais là aussi, tout ça ne prend pas corps, ne fait pas émotion en quelque sorte. Même la mort d’Henry ne provoquera aucune véritable réaction.. Cette plongée dans les détails d’une existence morne, plate donne envie de hurler, de secouer un à un les personnages pour qu’ils se réveillent. Cet immobilisme qui terrifie, et semble le produit de rapports sociaux gommés, formatés à la morale ambiante, Christoph Hein par la voix de Claudia en donne une vision saisissante sans rien faire d’autre que de décrire de façon inimitable la suite des minutes et des jours. Pourtant, derrière, on peut malgré Claudia, malgré tous, deviner ce qui aurait pu permettre le mouvement, le conflit, la vie en quelque sorte.

rédigé par Françoise Folliot , 31 mars 2008