Anaïse, une jeune femme née en Occident, revient en Haïti sur les traces de sa famille, sur celles d’un père qu’elle n’a pas connu et celles d’un grand-père, homme de puissance, mystérieusement mort dans un incendie. Son guide lui parle dans la voiture qui les amène vers Anse-à-Fôleur, lieu du drame et de l’origine. Dans une langue tantôt furieuse pour lui crier l’injustice, tantôt douce pour lui dire combien ce village une fois débarassé de sa domination réinvente bonheur et liberté, Thomas accueille, prévient, éveille cette conscience étrangère et la nôtre. De sa voix et de celles d’autres villageois, Anaïse entendra des réponses à la question, la seule, mais « quel usage faut-il faire de sa présence au monde », elle pourra alors prendre à son tour la parole pour s’approprier et dire avec ses mots cette expérience. Lyonel Trouillot a mis toute la violence de son art poétique pour essayer de susciter une interrogation nécessaire à toute reconstruction du lien, sur les bases d’une vraie fraternité sensible, une « belle amour humaine ». Un de ses plus beaux textes.