Chez Odette Silaz, un désordre indescriptible, orchestré avec son petit fils de son vivant accueille Carine, venue pour l’enterrement. Depuis les travaux, Do et sa grand-mère, installés au rez-de chaussée avec tous les meubles n’avaient jamais réintégré l’étage. Et maintenant Muriel s’active, nettoie, range, fait du bruit. Et Georges, où est-il ? Ne va-t-il même pas venir pour l’enterrement ? Qu’a-t-il fait toutes ces années ? Replongée dans la folie de cette famille, Carine sent les nouveaux repères patiemment mis en place lui échapper. Jusqu’où tout cela ira-t-il ? Et pourquoi Do ne répond-il plus au téléphone ?
Avec un art consommé des détails qui disent tout, nous laissant remonter l’écheveau du temps et démêler les rapports complexes qui unissent ses personnages, Hélène Lenoir petit à petit tisse la toile des non dits ramenant au jour les sentiments enfouis, les rancoeurs et les peurs. Elle dresse par petites touches, dans un récit semé d’interrogations le paysage mental d’une femme rattrappée par le passé, elle explore les chemins tortueux d’une pensée qui s’égare. Tout concourt à semer le trouble dans l’esprit de Carine. Même ses deux filles n’échapperont pas à cette tourmente qui l’emporte. Dans une prose riche, pleine d’ombres, de mouvements et de violence où alternent récit, monologues, pensée intérieure et dialogues, Hélène Lenoir joue, en virtuose de l’écriture, de toute la palette de la langue.
On ne dévoilera pas la fin de La folie Silaz. Simplement on notera que jamais Hélène Lenoir n’avait ainsi éclairé ses personnages par l’intrusion de voix extérieures. Comme une dimension supplémentaire aux strates du récit, troublant notre perception de la fiction et de ses rapports au réel. F.F