“En quelques années, le Portugal était devenu méconnaissable. La province se dérobait devant l’esprit de la grande ville, où le vice s’étalait au grand jour et dont les travailleurs postés envahissaient des lieux naguère retirés. Un acte illicite comme celui de l’échange du fils mort de Rutinha contre l’enfant que Celsa avait mis au monde quelques jours auparavant, un tel acte eût été impensable, en ces temps nouveaux où la maternité était considérée du point de vue de la santé et du taux de natalité. Runtinha, d’ailleurs, aurait eu autour d’elle pédiatres et gynécologues, sans compter des psychologues pour assurer son confort moral, et des accoucheurs portant sur leurs tableaux de chasse les noms de patientes célèbres, telle Rutinha Matos de Albergaria. Autrement dit : le romanesque avait fait deux pas en arrière, dont l’un était irrémédiable. On discutait de tout à présent, on mettait tout à nu. Tout était permis, confessé, lavé en public. Les fraudes, le déshonneur, la promiscuité ne semblaient que des incidents ordinaires, faisaient partie des affaires courantes, comme du courrier de propagande.”
Extrait : Le principe de l’incertitude