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Littérature française

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Le siècle des nuages
Philippe Forest
Editions Gallimard
21,50 €

Si un deuil hante encore une fois le dernier roman de Philippe Forest, celui de son père, le pilote de ligne, c’est d’une autre manière et avec une toute autre matière que l’écrivain a choisi de construire son dernier récit. Car s’il est vrai que c’est la vie du père qu’il retrace, c’est par le biais d’une fresque qui dépasse de loin l’intime que l’on rentre dans ce roman au très beau titre, tiré d’Apollinaire, Le siècle des nuages. Remontant au début du vingtième siècle, nous redécouvrons les tout débuts de l’invention de l’aéronautique, cette merveilleuse aventure où l’on croise Lindberg et Mermoz, Saint-Exupery ou Proust, par le biais de son amant perdant le contrôle de son aéroplane en plein vol.
C’est aussi tout un siècle qui défile, les guerres et notamment celle de quarante qu’on vivra à la fois par l’histoire de ces avions qui après avoir fait rêver deviennent des machines à déverser des bombes et par les souvenirs retrouvés ou plutôt reconstruits de la première rencontre du père et de la mère du narrateur “ce fut comme une apparition” et des années qui suivent, une mer infranchissable les séparant.
La fille de libraires et le fils de confiseurs, Philippe Forest en déroule la vie, telle une légende, un roman, devenant souvent celui qui se souvient à la place, à la place du père notamment, peu bavard et dont l’écrivain imagine tour à tour les possibles pensées. Posé sur une fragile passerelle surplombante, le narrateur, à la fois acteur et observateur, penseur et rêveur, nous présente les différents visages de la réalité. Au fil de longues phrases magnifiques où s’enchassent pensées, doutes et tous les possibles, de descriptions parfois lyriques et de moments d’émotion, c’est à la fois l’histoire d’une famille, l’histoire d’une grande aventure et l’histoire d’un siècle qu’il nous offre, en un constant va et vient entre les trois, sans jamais laisser le désenchantement souvent présent oblitérer la magie de la vie.

rédigé par Françoise Folliot , 13 septembre 2010