Premier roman d’un jeune auteur serbo-bosniaque, le soldat et le gramophone est le récit extraordinnaire et délirant d’Aleksandar. A la mort de son grand-Père Slavko, il se retrouve dans une obligation quasi vitale de transformer la réalité en histoires : "Nous nous étions fait une promesse d’histoires[...] ne jamais arrêter de raconter."
Aleksandar conte sa vie, ses souvenirs, depuis le décès du grand-père Slavko, communiste aux récits légendaires, jusqu’à la guerre en Yougslavie et l’exil de sa famille dans l’Allemagne des années 90. Les personnages hauts en couleurs, telle la tante Typhon qui porte merveilleusement son surnom, semblent tous sortis d’un film de Kusturica. Ils sont pétillants, délirants, roublards, amoureux, drôles, colériques...Le regard que porte Aleksandar est celui d’un garçon plus soucieux de ses amours ou d’un match de foot, et plus préoccupé par les soucis de sa famille que par l’avenir de son pays. Malgré l’évocation d’une guerre qui a ravagé la Yougoslavie dans l’indifférence du reste de l’Europe, le récit ne tombe jamais dans le piège du drame, de l’horreur ou du macabre. Cependant la force de l’écriture très audacieuse n’édulcore pas la violence du conflit au sein du quotidien.
Sasa Stanisic évoque admirablement et avec un humour décapant des scènes de la vie ordinnaire qui prend toujours le dessus sur la guerre. C’est un récit d’une puissance d’évocation et de poésie incroyable, une famille fantasque dans un pays ravagé. Un enchantement.