Le vent qui siffle dans les grues met en scène deux familles que tout sépare, l’une une tribu d’émigrés cap-verdiens qui vit dans l’ancienne usine désaffectée qui appartenait à l’autre, famille bourgeoise respectacle dont l’un des membres est maire. Nous sommes dans l’Algarve en pleine mutation, convoitée par des promoteurs peu regardant, où paysages sauvages jouxtent quartiers misérables et urbanisme débridé. C’est Regina Leandro, la grand-mère, en venant mourrir devant l’usine dont elle est propriétaire qui déclenche tout. La quête de Milene, sa petite fille qui veut comprendre cette étrange mort, la rencontre avec Antonino, cet amour qui bouleverse tant les Mata et les Leandro. Extraordinaire plongée dans l’imaginaire individuel et collectif, dans les représentations qui régissent la société portugaise, dans l’histoire du xxième siècle, le roman de Lídia Jorge est aussi et peut-être avant tout le récit d’une improbable histoire d’amour et le combat mené contre le mensonge. Immergé peu à peu dans le roman, au fil des pensées de cette étrange jeune fille qui voit le monde avec un autre regard, le lecteur sent implacablement les mailles du filet se resserrer autour de lui et si la vérité affleure de plus en plus à la surface c’est pour mieux révéler le crime terrible commis par tous.