On se prend à dévorer ce roman plein de charme et de pudeur où Eric Laurrent dévoile les prémices de ses émois lorsque tout jeune garçon il découvrait et les femmes et à la fois l’amour et son pendant charnel. D’une représentation à l’autre, de celles qui durent toute une vie, il nous fait cheminer dans la tête et le corps d’un jeune garçon timide et peu enclin à la vantardise. La langue est classique, délicate, un peu à l’image d’un narrateur bien loin des clichés sur la rudesse brutale des jeunes mâles. Si tout peut être dit et se dévoiler dans les détails, néanmoins, chez le jeune héros des “découvertes” la sexualité même naissante s’enveloppe de lumière et de presque poésie. La fluidité de la phrase, aussi longue et à disgressions qu’elle soit, rend compte d’un monde complexe où les émotions sont multiples et quelquefois contradictoires, mais où finalement une tonalité presque unique donne la note. Quelques images essentielles telles l’affiche du film “Emmanuelle” ou Maureen O’Sullivan dans “Tarzan et sa compagne” ou encore la couverture d’un Penthouse aperçu dans l’atelier de ferronnerie d’un ami de son père jalonnent l’itinéraire du jeune homme fasciné par le corps féminin. Le projet d’un livre érotique le conduit à l’adolescence à tout un travail de compilation de termes érotiques et donne ainsi au narrateur un motif noble de se laisser envahir par ses fantasmes -Madame Deligny, la mère d’un de ses camarades tenant un rôle prépondérant au coeur de ceux-ci. La route sera longue jusqu’à la première fois et l’on s’attendrira souvent sur le parcours du héros. L’écriture parfaite et l’évocation si colorée d’un temps révolu donnent aux Découvertes à la fois profondeur et légèreté. Un régal !