Deux petites douceurs ? C’est bien ce que semblent être les deux nouveaux recueils de nouvelles de la Japonaise Yoko Ogawa dont le talent fut couronné en 1991 par le prix Akutagawa. Mais ne vous y trompez pas : ce diptyque a des saveurs douces amères qui se libèrent silencieusement. Or quoi de plus intriguant que le silence ; silence par lequel le lecteur se laisse charmer. Rien ne semble être dévoilé et pourtant tout est suggéré crescendo, sans excès, dans une dualité cruellement délicieuse. Réalité des détails, étrangeté de l’onirisme ; conscience du narrateur, inconscience du personnage ; objectivité du récit ; subjectivité du lecteur. L’univers des récits de Yoko Ogawa est ainsi dual, telle une baguette de fer dans un sushi de velours ! Cette dame des lettres japonaises est au shosetsu ce que le cuisinier est au fugu : tout est dans la préparation de ce met exquis qui, sans une parfaite maîtrise, peut s’avérer fatal….