Dans" Les profanateurs", l’écrivain rend compte aussi de cette Amérique qu’on voit moins, de cette société complexe où les difficultés à vivre sont le lot de beaucoup. Dans le New jersey, Frank Cassidy vit avec sa femme et ses enfants, l’un d’eux fruit d’un premier mariage de sa femme et dont le père attend dans les couloirs de la mort l’exécution d’une sentence prononcée depuis plusieurs années. Vie médiocre où l’on court après l’argent, où les rapports de couple sont faits de larmes, de scènes mais aussi d’une certaine complicité. Apprenant dans le journal la mort par assassinat de l’oncle qui l’a élevé, Frank, décidé à récupérer l’héritage qui lui est dû, part avec toute sa famille dans le Michigan. Voyage difficile pour lequel Frank n’hésite pas commettre des délits. Les personnages de Michael Collins sont sans arrêt au bord du gouffre. Installés dans une pension de famille où une charmante vieille dame les adopte, ils luttent, chacun avec son passé, pour vivre. Frank, confronté à nouveau au traumatisme ancien de la mort de ses parents et au psychiatre qui l’avait soigné enfant, cherche à comprendre ce qui se passe. Qui est réellement l’assassin dans le coma à l’hôpital qui porte le nom de Chester Green, pourtant mort depuis longtemps ? Véritable enquête policière en même temps que confrontation à des évènements qu’on croyait enterrés, plongée dans la mémoire et reconstruction du passé, Les profanateurs se lit sans pause. L’écriture dense, le rythme rapide, les émotions intenses, l’analyse fine des rapports humains en font une vraie réussite. Comme dans "La filière émeraude", Collins laisse à ses personnages la possibilité de trouver leur voie, il leur donne même une emprise possible sur le passé.