Formidable roman que celui de Bruno Tessarech qui nous raconte l’histoire de ces “sentinelles”, ceux qui savaient, ceux qui ont essayé de dire au monde ce qui se passait là-bas en Pologne, l’extermination qui s’est mise en marche. Un roman qui raconte l’incrédulité, la passivité des gouvernants, cet impensable ballet diplomatique à la conférence d’Evian (1938) qui rejeta toute possibilité d’aide par les grandes démocraties pour ceux qu’on appelait “réfugiés politiques”. Roman historique certes mais qui dit aussi de l’intérieur le cheminement psychologique de personnages qui se heurtent à un mur infranchissable, qui butent contre une réalité dont ils savent toute l’horreur et dont ils échouent à changer le cours. Parmi eux ce jeune diplomate français à Londres et bien sûr Jan Karski, résistant polonais, témoin de la tragédie du ghetto de Varsovie, infatigable et impuissant à convaincre, mais aussi le SS Gerstein, inventeur du gaz Zyklon B utilisé dans l’extermination des juifs, qui dans le même temps essaie de prévenir le monde de cette folie. Bruno Tessarech signe là un roman admirable et profond qu’on aimerait voir lire par toutes les jeunes générations. Classique dans sa forme, il met en scène des personnages qui pour la plupart ont existé, reconstruisant autour d’eux la matière du roman, faisant entendre au lecteur leurs interrogations, leur douleur, explorant l’âme humaine, devenant par là aussi un témoin à transmettre, la trace de l’Histoire et des hommes.