Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli.
Editions Stock
21,50 €
Troublant et envoûtant, le tout premier roman traduit de cette jeune finlandaise est une vraie révélation. Dans une langue qui crisse, qui racle, qui respire et halète, à l’odeur forte, charriant les relents de pourrissement d’une société malade des épreuves qu’elle subit, Sophie Oksanen raconte la vie de la vieille Aliide, estonienne pauvre vivant dans une campagne encore rude et archaïque, jouet de la grande Histoire qui, des années de guerre jusqu’à l’effondrement de l’Union soviétique va l’emporter dans la tourmente. Aliide, amoureuse de Hans, qui épouse sa soeur, Aliide qui n’hésitera pas à accomplir trahison et crime pour survivre dans une société où la délation est devenue monnaie courante. Aliide qui voit un jour, plus de quarante ans après, arriver dans son village reculé, alors qu’abandonnée de tous, elle continue les gestes du quotidien, la confection des confitures, le salage et tous les rituels de la culture populaire estonienne, une jeune femme en perdition, fuyant les mafieux proxénètes à sa poursuite. C’est cette toute jeune femme perdue, Zara, qui ravivera tous les souvenirs et c’est pour elle, peut-être en forme d’expiation qu’Aliide ira jusqu’au bout. Le texte vous saute au visage, vous remue et creuse au plus profond. Comme dans Les Saisons de Pons la langue de Sophie Oksanen est non pas l’expression des sensations, des émotions et des sentiments mais elle est l’émotion même qui palpite, le tremblement même de la peur qui enfle, le tranchant du froid qui vous saisit, l’odeur et le poisseux de la saleté. Elle vous conduit dans un mouvement irrésistible au centre du monde de l’autre et vous oblige à regarder et vivre à travers ses personnages. Une traversée terrible et éprouvante sans concession aucune.