Construit subtilement, le dernier roman de Olivier Rolin met en scène en parallèle trois personnages. Tout d’abord figure centrale du roman, mais peut-être pas la plus importante, Eugène Pertuiset, Le chasseur de lions, celui que le peintre Manet a immortalisé dans le fameux tableau qui donne son titre à l’ouvrage. Puis Manet, le peintre plein de finesse et d’intelligence qui révolutionna la peinture de son époque. Et enfin, le narrateur, ou le romancier, en l’occurence il s’agit de la même personne. Celui qui fait le lien, entre les époques, les gens, les lieux, celui qui tel un démiurge nous fait voyager du XIXème au XXème et au XXIème siècle, nous faisant revoir les mêmes lieux, mais pour les uns dévastés, pour les autres méconnaissables ou bien pour certains, simplement inchangés. Olivier Rolin, maître dans l’art de la digression et de l’association nous balade entre ses personnages, revisitant l’histoire et les gens en un éblouissant récit. Paris, les Grands boulevards, Lima, Pérou, Santiago du Chili, Valparaiso, Eugène Cros, le grand poète, Mallarmé, les salons parisiens et au milieu, Pertusier, énorme et vulgaire, touchant et détestable, grotesque remake de Tartarin de Tarascon, protégé totalement incongru du peintre parisien décrié par son époque. Et ces notes mélancoliques sur le temps, ces moments où le tourbillon de la vie, l’énergie qui donne son rythme au roman laisse la place à une évocation plus sensible, à une réflexion sur le fil ténu des souvenirs et sur ce qui perdure. Un chasseur de lions, c’est tout cela, plus encore la Commune de Paris, des personnages incroyables, des aventures rocambolesques, des anecdotes étonnantes, des références multiples, des clins d’oeil extravagants. Sans oublier les magnifiques titres des chapitres qui nous invitent aussi à voyager à travers un bestiaire remarquable. Bref ! Une formidable réussite. Et la promesse pour vous d’une lecture délectable.