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Littérature étrangère

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Willenbrock
Christoph Hein
262 pages
Editions Métailié
19,00 €

« La semaine suivante, sept voitures furent volées en une seule nuit dans la cour de Willenbrock sans que la police criminelle ne puisse découvrir aucune empreinte exploitable. Willenbrock eut l’impression que les deux fonctionnaires de police qui étaient venus après son appel téléphonique et qui, selon la routine, parcoururent la cour en lui posant des questions, ne mettaient aucun empressement à trouver une explication sérieuse au forfait. Il se plaignit auprès d’eux de ce qu’il qualifia d’enquête nonchalante et ceux-ci le rappelèrent immédiatement à l’ordre. Etant donné qu’il n’y avait ni meurtre ni dégâts corporels, on instruirait le vol avec effraction selon sa gravité jusqu’à ce qu’il soit élucidé, ou au cas où on ne pourrait pas y parvenir, jusqu’à ce que l’affaire soit classée, toutefois, même si l’indignation de la victime était compréhensible, on devait en tout cas s’attacher à garder à l’affaire la dimension qui lui convenait. »

Nous sommes dans le Berlin de l’Allemagne réunifiée. Willenbrock, ingénieur au temps de la RDA, a perdu son travail et s’est reconverti dans la vente des voitures d’occasion. Il a un garage et un terrain sur lequel sont entreposées les voitures. Sa femme tient un magasin de confection, plus pour s’occuper que pour les bénéfices. Le négoce de Willenbrock, lui, marche bien, il y emploie un ouvrier polonais. Mais peu à peu les choses dérapent, c’est d’abord un cambriolage au garage, puis un deuxième. Il y a aussi ces visites d’un certain Krylow, un russe qui achète des voitures et les emmènent en Russie. Il inspire un certain malaise ; ses propos, ses façons vaguement maffieuses troublent Willenbrock autant que Jurek, l’ouvrier. La vie de Willenbrock est bien réglée, entre garage, femme et diverses maîtresses. Au demeurant, ce n’est pas un mauvais homme. Mais lorsque sa propre maison de campagne est cambriolée et qu’il est agressé sauvagement, tout va basculer. La peur s’installe, avec elle la paranoïa. Chaque nuit le couple se réveille à l’heure précise du cambriolage, Willenbrock repense à Krylow qui va lui fournir une arme. Après avoir un peu résisté, Willenbrock va finalement sombrer et se laisser entraîner dans la violence. La montée progressive de cette violence, la transformation de cet homme qui, ne sachant où trouver de l’aide, tente d’affronter seul le problème, Christoph Hein en fait une analyse étonnante. Sans jamais juger, l’écrivain décortique les racines d’un comportement et nous dévoile les mécanismes du capitalisme sauvage qui a remplacé le communisme. Mais l’analyse va au delà de l’histoire allemande, elle touche aux travers de nos sociétés contemporaines, au délitement des rapports sociaux, à la course au profit qui conduisent à la violence. Le roman de Christoph Hein met en scène de multiples personnages secondaires qui tous apportent un éclairage sur cette nouvelle société occidentale où les repères deviennent de plus en plus flous.

rédigé par Françoise Folliot , 31 mars 2008